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Le martiniquais Raphaël Elizé

Raphaël Élizé arrive en métropole à 11 ans, juste après la catastrophe de la montagne Pelée, ses parents ayant fui Saint-Pierre juste avant l'explosion. Affecté au 36e régiment d'infanterie coloniale, il sert comme soldat puis comme vétérinaire, son courage lui valant la Croix de Guerre.

Parcours politique

Il entre en politique en adhérant en 1924 à la section locale de la SFIO à Sablé-sur-Sarthe. Candidat malchanceux aux élections municipales de 1925, il est le premier maire noir de France métropolitaine : en effet, en 1929, Sablé-sur-Sarthe élit le premier Antillais maire d'une commune métropolitaine.

Ce vétérinaire fut élu en 1929, ce qui n'était pas une mince réussite à une époque de montée de l'intolérance. Réussite d'autant plus remarquable que Raphaël Élizé était socialiste. Il réalisa pour la ville de Sablé-sur-Sarthe quelques projets : cantine communale, terrain de football, première piscine homologuée de l'ouest de la France.

La ville du Mans dédie une place à Raphaël Elizé, le premier maire noir de l'Hexagone, élu en 1929 à Sablé-sur-Sarthe, destitué en 1940 pour motif racial par l'occupant nazi  (s'attirant cette objection de la Feldkommandantur : « Il est incompréhensible pour le ressentiment allemand et pour le sens du droit allemand qu'un homme de couleur puisse revêtir la charge de maire)»,  arrêté pour faits de résistance (réseau Buckmaster, circuit Butler, groupe Max), notamment en rapportant les informations qu'il peut glaner en tant que vétérinaire… de la Kommandantur. Dénoncé et arrêté en septembre 1943, il passe quelques mois à la prison d'Angers, puis au Camp de Royallieu, près de Compiègne, avant d'être finalement déporté à Buchenwald le 17 janvier 1944. Il est grièvement blessé lors du bombardement allié de l'usine d'armement allemande de la Gustloff-Weimar le 9 février 1945 et meurt à Buchenwald le soir même.

Depuis la Libération, la place de la mairie de Sablé porte son nom.

«Il s'agit d'une figure extraordinaire, injustement oubliée, qui rappelle que la France d'Outre-Mer enrichit la France métropolitaine. Un message utile en ce moment», souligne le maire du Mans, Jean-Claude Boulard (PS).

                       

Le jeune Martiniquais est arrivé en 1919 à Sablé, petite ville de 5.000 habitants de la Sarthe rurale et conservatrice, «car on y cherchait un vétérinaire». Dix ans plus tard, il devient le premier maire socialiste de cette commune - aujourd'hui fief de François Fillon.

«Il exerçait un véritable ascendant par son affabilité, son efficacité, sa force et son sens des responsabilités. En dix ans, il a complètement fait oublier la couleur de sa peau», relève Patrick Communeau, historien local co-auteur d'un ouvrage sur Elizé (Editions du Petit pavé).

Francioli Dancrade